Ode à la terre rouge (D’une rive à l’autre)

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Autrefois, je brassais le souffle du néant,
mémoire voilée, héritage dérobé.

La gueule sifflante du naja devant moi
m’obligeait à lui faire face au lieu de fuir :

Vois-tu qui tu es ?
Sais-tu d’où tu viens ?
Sais-tu qui tu es ?

L’encre glaciale et sombre
des mots de mes idéaux
a marqué ses pas :
un, deux, trois, loin devant moi.

Imonlè, Imonlè !
Le brasier est enfin entier et libéré !

Entends-tu le bois de l’illusion qui crépite ?
Sens-tu son odeur ?
Ignoble, âcre et intenable !

Flamme, Femme ! Elle est là !
Somptueuse, elle brûle en moi !
Vois-tu sa couleur ?
Feu de vie,
feu de l’âme ancestrale.
Les portes du soleil,
la terre rouge de ma mère.

Ô mon Afrique !

Tes mots si conscients, aussi forts
qu’un panégyrique clanique,
nous calment, nous raisonnent,
bercent et fortifient.

Malade d’errances, loin de vous,
arrachée à la mère bien avant ma naissance,
vous m’avez reconnue, nue,
éclairée et aimée sans détour,
inspirant mes pas jusqu’au retour.

Terre des mères, matrice des lignées !
Ses mamelles sont multiples :
venez ! Personne n’aura soif !
Libère ton art et ton pouvoir, Mère !
Répands ton lait et ton amour.

La mélodie du vin de palme me ravive.

La peau noire et lisse
de nos nouveau-nés
me rappelle le mystère
de l’expansion de notre humanité.

La Grande est si belle.

Son rappel, semblable à l’or,
pur, puisant du ventre d’Ilè-Ifé.

Je chante son éloge,
yeux vifs, voix claire.
La terre rouge de ma mère
a ravivé le secret du feu en moi.

Imonlè ! Imonlè !

Continent, je parlerai
à nos autres frères.

J’incarnerai le goût sublime
de l’appel du retour tardif.

Là d’où je suis,
je cultive la terre
sans lever la tête.

Un monde si froid :
comment survivre
sans connaître ta flamme sacrée ?

Semences, Mémoire, Connaissance :
le verbe de la renaissance.

Africa Grandé !
Fertilité, identité, dignité !

Je suis ivre,
imbibée de cet élan.

Je m’enivre
de ton souffle vivant.

Africaine je suis,
fille d’Eburnie,
nos ancêtres je prie.

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