L’OMBRE DES JOURS

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Nous n’avions été que vents,

Deux souffles vagabonds,

Voyageant en lignes parallèles.

L’air brûlant qui poussait nos voiles jumelles

A gelé avant le port.

Nous voici, typhon et foudre,

Balayant nos îles perdues ;

Nos prairies sacrées meurent

En morceaux épars,

Nos rivières lentes

Emportent dans leurs vagues

Ces fleurs qui nous ont consolés jadis.

Leur parfum désormais

Consume nos âmes défaites.

Nous n’avions été que des étoiles filantes,

Traversant les constellations

Où nous étions seuls,

Véloces et heureux.

La nuit était notre empire,

Et avant que le jour vînt

Emporter le reste du chemin,

Nous avions connu l’univers et l’infini.

Et les nouveaux soirs apparaissant

Nous virent tomber du ciel

Comme des météores maudits,

Brisés contre les terres de l’incompris,

Et les poussières de nos corps déchus nous étouffer.

Nous avions marché dans l’ombre des jours,

Chacun son pas, lent, long, triste, aigri,

Toujours plus de pas.

On fuyait vers le bonheur,

On courait à la chaleur

Des lunes brûlantes

Dans les nuits aveuglantes,

Foulant aux pieds les lois et les règles.

Nous étions faits ainsi,

Pleurs ou rires,

Nous étions faits ainsi.

Nous étions faits, enfer ou paradis,

Nous étions faits pour nous aimer.

 

Poème tiré de De feu et de cendre, paru aux éditions Lerewa en mai 2025.

 

 

 

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