Le Livre.

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Le livre est une maison qui n’a pas de murs,
seulement des pages que le vent de l’esprit retourne.
On y entre sans frapper, on y reste sans dormir,
et chaque ligne est une fenêtre
ouverte sur un pays qui n’a pas de nom.
Il est un arbre qui a changé de saison :
le cèdre s’est fait feuillet, la sève s’est faite encre,
et dans le silence du papier
les racines continuent de parler bas.
Il est une barque sans rame
qui t’emmène sans te déraciner,
une lampe qui n’éclaire que le dedans,
un pain que l’on rompt sans jamais l’épuiser.
Je l’ouvre, et le monde recule d’un pas.
Les voix des morts s’assoient près de moi,
sans bruit, comme des hôtes qui connaissent la maison.
Un mot m’attrape par la manche,
une phrase me tend la main dans le noir.
Il ne répond pas, il accompagne.
Il ne guérit pas, il veille.
Il m’apprend que la question est une demeure
et que l’on peut y vivre longtemps
sans que la porte se referme.
Puis il se ferme, et c’est un autre genre de lumière:
celle qui reste quand la flamme est partie,
une clarté dans l’œil, un léger vertige,
la certitude d’avoir été, un instant,
plus large que moi.
Ô livre, rive entre deux rives,
pont jeté sur l’abîme des absences,
tu n’es pas la terre, mais tu la promets;
tu n’es pas le retour, mais tu t’y ressembles.

Imad Badreddine
Écrivain – Essayiste

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