Tiro Bordou, les racines de Diamond Fingers

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Tiro, autrefois un gros village de Sankaran Tenkoulelah, est aujourd’hui l’une des plus vastes sous-préfectures de Faranah. Bien avant l’ère coloniale, plus de sept générations en arrière, ce village fut fondé par un chasseur légendaire du nom de Koulambôry OULARÉ, venu d’une contrée lointaine appelée Kôket, un petit hameau voisin du grand village de Bordou.

Koulambôry n’était pas seul dans cette aventure. À ses côtés se tenait son frère d’armes, un somono renommé, Mamoudou-Gbèma KOUROUMA, fils de Témbékandô. Séduit par les promesses de cette terre bénie, sa proximité avec le majestueux fleuve Niger ouvrant sur de vastes plaines fertiles, son emplacement stratégique entre les montagnes Hamana-Kôti et Kounè-Kôti, ses grandes forêts arborées et généreuses, ainsi que les eaux limpides de la rivière Tiroba, de Kolian et de ses affluents, il décida d’y poser ses racines.

De l’alliance entre les Oularé et les Kourouma naquit Bawafè, qui à son tour donna naissance à Trirô, devenu plus tard Tiro par déformation phonétique. Le village prospéra rapidement, accueillant des familles venues d’horizons divers, si bien qu’il devint cosmopolite dans ses patronymes comme dans ses traditions.

Tiro se compose de quatre grands clans, unis autant par le sang que par leurs métiers :

Lambasi, les clans fondateurs et patriarches, descendants directs de Koulambôry et Mamoudou-gbèma. Ils sont respectivement Koulambôrya et Koromana. 

Djély-Kounda ou Finala, le clan des griots, gardiens de la paix, de la mémoire et de l’âme du village. On y retrouve les familles Aforeya, Djélyfodéya et Finala.

Morikounda, dépositaires de la pratique religieuse, représentés par les familles Cissé, Faro et Fofana.

Djoulakounda, les maîtres du commerce, arrivés par la route des caravanes (Djoulaya) et qui finirent par obtenir un droit de veto dans toutes les grandes décisions économiques.

Mais au lendemain de sa fondation, le village fut enveloppé par l’ombre d’une prophétie. Elle annonçait gloire et prospérité à Tiro, mais prédisait aussi des temps de sang et de discorde… à moins qu’un sacrifice humain ne soit accompli. Lorsque les signes devinrent pressants, les anciens convoquèrent une assemblée. 

Dans la case à palabres, l’air était lourd, chaque visage fermé par le poids de la décision. Tous s’accordaient sur la nécessité du sacrifice… mais qui accepterait de se livrer ?

Le silence s’installa, pesant comme un orage qui refuse d’éclater. Alors, un homme se leva. Il portait un boubou blanc immaculé qui semblait boire la lumière, et tenait dans sa main une lance de bois terminée par une pointe de fer luisant. S’avançant au centre de la case, il déclara d’une voix grave :

« Chers anciens, frères de sang, ce n’est ni par orgueil, ni par folie que je prends la parole. Je suis Kondet, Djély-Mady DIABATÉ, digne représentant du clan Djély-Kounda. Pour la paix, pour la prospérité et pour la dignité de notre terre, je me porte volontaire au sacrifice. Un Djély est le gardien du bonheur et de l’harmonie d’une société. Il serait indigne de laisser un autre porter ce fardeau. Si ma mort peut ouvrir un avenir meilleur à Tiro, alors qu’il en soit ainsi !.. »

Ses paroles frappèrent les cœurs comme un tonnerre. La stupeur parcourut l’assemblée. Les anciens ajournèrent la décision, préférant consulter les autorités spirituelles et culturelles.

Une semaine plus tard, ils se réunirent à nouveau. Les consultations avaient révélé une vérité immuable : un Djély ne peut être offert en sacrifice. Les esprits dévoilèrent alors l’identité de la victime désignée par le destin : une femme aux cheveux rouges… ou une albinos. Dans une semaine, une femme correspondant à cette description fut repérée, et une mission fut dépêchée pour aller la chercher et accomplir la prophétie.

Cette femme aux cheveux rouges, qui était-elle et où vivait-elle ? Elle était la tresseuse préférée et bien-aimée de Samory Touré et vivait auprès de lui.

Bref, la mission envoyée parvint à ramener la femme. Les détails feront l’objet d’un autre livre. Concentrons-nous sur le vieux Djély Mady.

Dès ce jour, il fut gravé dans la mémoire collective que les griots sont le piédestal du bonheur et de la dignité du village. Parmi eux, un nom resta à jamais dans les chants : Djély-Mady DIABATÉ, figure légendaire et symbole vivant de Tiro. De Djély Mady DIABATÉ naquit Djély Fodé, et de ce dernier, un fils promis à marquer l’histoire : Djély Sékou DIABATÉ, à qui le destin offrit un surnom éternel… Bembeya.

Suite dans le livre “À L’ÉCOUTE DES GRANDES VOIX TOME 3: Sékou Bembeya Diabaté dit Diamond Fingers” du même auteur 

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