Rose Pola Pricemou, l’architecte silencieuse du futur

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Rose Pola Pricemou, l’architecte silencieuse du futur

Dans l’histoire des nations, il est des trajectoires qui ne se contentent pas de suivre le cours du temps, mais qui, silencieusement, en redessinent les contours. Rose Pola Pricemou appartient à cette lignée rare d’esprits bâtisseurs, pour qui l’intelligence n’est pas seulement une faculté, mais une responsabilité.

Née dans la ville industrielle de Fria, creuset de rigueur et d’effort, elle voit le jour dans un foyer où la science et le soin se conjuguent harmonieusement : un père ingénieur, une mère sage-femme et infirmière d’État. De cette double influence naît une conscience précoce du devoir, devoir envers soi-même, devoir envers les autres, devoir envers la société. Ainsi se dessine, dès les premières heures, une personnalité où l’exigence se fait boussole et l’engagement, horizon.

Son parcours scolaire, tel un fleuve tranquille mais déterminé, témoigne d’une ascension constante vers l’excellence. Des bancs de Fria aux salles du lycée Sainte-Marie de Conakry, elle se distingue non par éclat ostentatoire, mais par une constance lumineuse. Lauréate au baccalauréat en sciences mathématiques, elle franchit une première frontière “celle qui sépare les promesses des accomplissements” en obtenant une bourse de coopération guinéo-tunisienne. Dès lors, son destin s’internationalise, sans jamais se déraciner.

À Carthage, au cœur d’une Tunisie académique, elle forge les premières pierres de son édifice intellectuel en informatique appliquée à la gestion. Mais son ambition, telle une flamme insatiable, la pousse plus loin encore. Le Canada devient alors le théâtre de son approfondissement scientifique : à l’Université de Montréal, elle explore les arcanes de la recherche informatique ; à l’Université Laval, elle épouse les subtilités du management technologique. Cette triple formation n’est pas un simple cumul de diplômes : elle est une architecture de savoir, une cathédrale intellectuelle où se rencontrent rigueur scientifique, vision stratégique et sens de l’organisation.

S’ouvre ensuite une décennie nord-américaine, décennie d’apprentissage et de consolidation. Dans les sphères publiques et privées, elle navigue avec une aisance rare, collaborant avec des institutions gouvernementales canadiennes et des structures de premier plan. Du Québec aux États-Unis, notamment dans l’État de l’Oklahoma, elle affine son regard, aiguise ses compétences et développe une compréhension profonde des systèmes invisibles qui régissent les sociétés modernes. Car le numérique, pour elle, n’est pas qu’un outil : il est une grammaire du pouvoir, une syntaxe de l’avenir.

Mais tout fleuve aspire à retrouver sa source.

En 2016, portée par un élan patriotique, elle revient en Guinée dans le cadre du programme TOKTEN. Ce retour n’est ni un repli ni une pause : il est une offrande. Elle met son expertise au service du Ministère des Mines et de la Géologie, avant de rejoindre la société ETI, où elle impose déjà une marque faite de rigueur et de lucidité. Puis vient, en 2019, sa nomination comme Directrice Générale du Bureau de Stratégies et de Développement. Là, dans les coulisses de l’action publique, elle devient une stratège, une architecte des politiques, une tisseuse de visions.

L’histoire accélère alors son rythme.

En 2021, elle fait son entrée au gouvernement sous l’autorité de Mohamed Béavogui, succédant à Amara Somparé au ministère de l’Information et de la Communication. Dès lors, sa trajectoire prend les allures d’une ascension maîtrisée, presque naturelle. Le commerce, l’industrie, les PME, puis la planification et la coopération internationale dans le gouvernement de Bernard Goumou : autant de portefeuilles qu’elle investit avec méthode, comme on investit des chantiers.

Mais c’est dans le numérique qu’elle révèle pleinement sa dimension visionnaire.

Nommée en 2024 Ministre des Postes, des Télécommunications et de l’Économie numérique dans le gouvernement de Bah Oury, en remplacement de Ousmane Gaoual Diallo, elle s’attelle à une tâche titanesque : inscrire la Guinée dans la modernité digitale. Fibre optique, digitalisation des services publics, structuration d’un écosystème technologique, autant de fils qu’elle tisse pour bâtir une toile nationale capable de porter les ambitions du siècle.

Ainsi, elle ne se contente pas de gérer : elle transforme.

Elle ne se contente pas d’administrer : elle projette.

Elle ne se contente pas d’accompagner : elle anticipe.

C’est donc sans surprise, mais avec gravité, qu’en 2026, elle est appelée au sommet de la décision, en qualité de Conseillère à la Présidence chargée des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle. À ce niveau, son rôle dépasse les contingences immédiates : elle devient l’une des consciences stratégiques de l’État, là où se pense l’avenir avant même qu’il ne s’annonce.

Parallèlement à l’action, la pensée.

En 2025, elle co-signe, avec Boukar Michel, un ouvrage consacré à l’intelligence artificielle et à l’e-gouvernance en Afrique, préfacé par Amadou Oury Bah. Par cet écrit, elle affirme une conviction profonde : la transparence et l’efficacité de l’action publique passeront inévitablement par la maîtrise des technologies émergentes.

Son parcours, déjà salué en 2016 par le Prix de l’Excellence afro-antillaise au Québec, s’inscrit désormais dans une reconnaissance plus vaste : celle d’une femme qui, loin des effets de tribune, travaille à redéfinir les structures mêmes de la gouvernance.

Retenons que, le destin de Rose Pola Pricemou n’est pas une simple succession de fonctions ; il est une construction. Une construction patiente, rigoureuse, presque invisible, mais dont les fondations sont appelées à porter l’édifice d’une nation en mutation.

Elle n’est pas seulement une actrice de son temps.

Elle en est l’ingénieure.

Et dans le silence des systèmes qu’elle bâtit, c’est déjà l’écho du futur qui se fait entendre

 

Karim Tiro MANSARE 

 

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