La Calebasse magique

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L’histoire de la Calebasse magique nous plonge dans un univers fantastique et d’enseignement moral. Cette nuit de pleine lune, le feu de bois brillait intensément. Djetenin, était bien entourée des enfants et des femmes de la cité.

La sexagénaire assise les mains tremblantes, vêtue d’un boubou multicolore, souhaitait raconter l’ histoire de  Zankè, le « Dunan kè », tirée des chroniques de la vie, centrée sur  les aventures, les mystères et la vie en communauté. Le nom « Dunan » est attribué aux personnages qui aiment les voyages et les aventures dans certains récits oraux en bambara.

Zankè a quitté son village « bamana ki » pour migrer dans une autre contrée, il voulait acquérir le savoir ancestral des autres peuples. Quand il commença son périple, il parcourut des kilomètres à pied, il voulut à un moment se reposer avant de continuer son chemin, il n’y avait pas d’endroit où boire, manger et dormir.

Il finit par s’arrêter dans un village du nom de « Kouna bougouni » (village d’amertume). Dans ce hameau, on n’aimait pas recevoir les visiteurs. Pour entrer dans ce bourg, il était nécessaire d’obtenir l’approbation des chefs d’institution traditionnelle comme le chef du village, de son second ou celle des grands féticheurs (soma en bambara) qui ont la réputation de sorciers, gardiens de nos traditions. Les tribus vivaient en harmonie. Ils étaient perçus comme des conservateurs qui régulaient le fonctionnement de la société traditionnelle. Ils se méfiaient des étrangers qui pouvaient interrompre le processus de transmission de leurs connaissances ancestrales. Ce village était à l’opposé de certaines valeurs qui mettent en exergue l’hospitalité, l’entraide et la solidarité.

Zankè s’attendait à un accueil chaleureux de la part des habitants de « Kouna bougouni ». Lorsqu’il enfreint les périmètres de ce minuscule village sans solliciter l’aval des fils de ce terroir, il est immédiatement arrêté, à sa grande surprise, par un vieillard qui lui demanda d’une voix pleine d’autorité :

– Qui es-tu étranger ?

– Je suis de passage, je ne sais où manger, boire et dormir ?

  Le ton du vieillard devenait ferme, de plus en plus.

-Notre village ne reçoit pas d’étranger.

Le « Dunan ké » Zankè continua à solliciter leur hospitalité, le vieillard insista cette fois, d’un ton encore plus sévère, un grondement, à peine perceptible, accompagnant ses paroles, et haussant la voix cette fois-ci, il déclama :

– Je viens de vous prévenir que nous n’acceptons pas les hôtes ici, à « Kouna bougouni » (village d’amertume), il est strictement interdit de se coucher ou encore moins de dormir dans notre village.

Le « Dunan » s’accroupit les deux mains levées et supplia le vieillard en pleurant de toutes ses forces.

Le vieil homme, touché par cette scène émouvante, décida de lui remettre un objet enchanté qui s’ouvre avec un code.

– Tiens, c’est la Calebasse magique, elle peut t’aider dans l’avenir, tu n’auras plus faim et tu auras un toit.

 Le « Dunan » remercia longuement le vieil homme et quitta ainsi ce village, il poursuivit son chemin à pied pendant de longues heures, pour enfin apercevoir un autre village et il décida de s’y rendre. Il s’agit de « Tièfari bougou » (village des hommes forts), où on ne reçoit pas les paresseux et les personnes qui manquent de confiance et de courage.

Cette fois-ci, il fut reçu, on lui offrit à boire et à manger, il prit même du temps pour se reposer. Une heure plus tard, on lui demanda de partir, car les visiteurs ne peuvent que passer quelques heures dans ce village, qui n’aime pas les paresseux. Il fut alors chassé par les villageois. Il continua son chemin.

Il arriva au troisième village qui s’appelait « Donniw bougou » (village du savoir). On accepta son hospitalité, mais temporairement, car il fallait accepter les règles et coutumes parmi lesquelles un étranger ne peut que rester une semaine dans le village, pas plus.

Après avoir marché des vingtaines de kilomètres, Zankè se retrouva dans un espace isolé sans arbres, sans hameau où on entend que le gazouillement des oiseaux. Il décida d’y créer un quatrième village du nom de « Dunan bougou » (village du voyageur), dont il sera le premier habitant. Il commença par chercher du bois dans la brousse pour construire une cabane.

 Zankè disposa les bois en les juxtaposant afin de créer une forme carrée délimitée par quatre murs. Après de longues heures de travail, il s’installa enfin dans sa cabane.

Il alla par la suite, à la quête de bois pour allumer un feu, Zankè traqua du gibier qu’il étendit ensuite sur le feu entouré de grosses pierres afin d’obtenir plus tard une viande tendre qu’il savourera.

À quelques kilomètres de « Dunan bougou » (village du voyageur) se trouve un marigot où il alla puiser de l’eau ; mais il fallait faire très attention à ne pas s’y rendre à certaines heures au vu des crocodiles qui sortent et rentrent dans le marigot.

L’eau de ce marigot sera utilisée par les femmes dans les calebasses pour étancher la soif de leurs hôtes et pour les travaux domestiques.

Quelques mois lunaires plus tard, un premier venu vint avec femme, enfants et parents. Ensuite, plusieurs familles s’installèrent à « Dunan bougou » (village du voyageur), une localité où l’hospitalité, la solidarité seront mises en exergue. Quand un étranger passait, ses habitants offraient la nourriture et l’abri à leur hôte.

Le village « Dunan bougou » (village du voyageur) continua à accueillir des visiteurs étrangers sur ses terres, chaque année des centaines de voyageurs y séjournaient.

Cependant, un jour la calebasse ensorcelée que le vieux sage lui avait confiée disparut, hormis Zankè et le sage lui-même, personne ne connaissait le secret.  Un des hôtes, du nom d’Aboga, l’avait volée la nuit, pendant que tout le monde était endormi. Dans le village, certains vivaient dans des cases construites de bois et en paille, d’autres dormaient sous une pleine lune.

L’hôte, ignorant le secret, a mis la calebasse dérobée dans son sac de voyage et s’est dissimulé avant l’arrivée des hommes qui labouraient les champs.

Aboga entama un long voyage, traversant des sentiers bordés de grands arbres et de hautes herbes sauvages à la taille humaine, cherchant une voie où il ne croiserait personne.

Mais hélas, la calebasse ensorcelée se mit à bouger dans tous les sens en s’écriant à plusieurs reprises : « Ramène-moi là où tu m’as pris, tu n’es pas mon maître, haï haï haï, ramène-moi à mon maître rapidement et sans tarder. »

Soudain, nous percevons le bruissement des branches et simultanément le tonnerre qui a commencé à gronder si fort que tous les animaux, également les hommes, se mirent à chercher un abri.

Aboga, terrorisé, trembla de tout son corps. Il tenta à plusieurs reprises de se débarrasser de la calebasse sans succès. Celle-ci resta fortement accrochée à lui, ne cessant de crier « Ramène-moi là où tu m’as pris, tu n’es pas mon maître, haï haï haï, ramène-moi à mon maître rapidement et sans tarder. »

L’étranger resta ébahi, terrifié et impuissant aux cris incessants de la calebasse, il s’arrêta ne sachant plus où aller. C’est à ce moment-là qu’un sexagénaire surgit de nulle part, muni d’une daba et avançant à travers les broussailles, s’est approché et a demandé à l’hôte :

– À qui avez-vous volé cette calebasse ?  Vous n’êtes pas le propriétaire, vous avez jusqu’à la tombée de la nuit pour la ramener à son propriétaire, sinon les conséquences seront catastrophiques pour vous, votre descendance et toute la forêt.

La calebasse répondit : « Non, j’ai été volée dans la case de mon propriétaire qui s’appelle Zankè vivant dans le village “Dunan bougou”. »

Le vieillard est en réalité un djinn qui a émergé de la calebasse en adoptant une apparence humaine. Il ordonna à Aboga, l’hôte voleur, de la restituer à son propriétaire. Le voleur implora le vieillard à genoux pour l’accompagner à « Dunan bougou ».

Ainsi il accompagna Aboga, le voleur jusqu’au village de « Dunan bougou », afin de restituer la calebasse ensorcelée à son propriétaire.

À « Dunan bougou », les habitants se sont rassemblés autour du tribunal traditionnel fait à partir d’un grand tronc d’arbre, sous l’ombre d’un manguier, pour rendre leur décision sur l’affaire en question. On accordera le pardon à cause du vieux sage et de l’indulgence envers les étrangers, d’où le nom du village.

Ainsi le vieux sage retourna dans la forêt et on ne le revit plus. Quant à l’étranger, on l’a convié à passer la nuit avant de lui permettre de repartir aux aurores vers d’autres lieux.

Pour terminer mon histoire, je citerais une morale tirée de la tradition de nos ancêtres, que vous devez retenir avec la calebasse magique : « Bien que nous acceptions l’hospitalité de l’autre dans notre terroir, il ne faut jamais avoir confiance à un inconnu, il faut rester sur ses gardes, l’homme est méconnaissable lorsqu’il devient ingrat et traître. »

    Extrait de textes dans Les Larmes des Masques Brisés d’ Oumou Armand Diarra

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